Le brief
Solène Guérin et Karim Aït-Saïd ont ouvert Le Pont Roulant en 2019, dans un ancien atelier de chaudronnerie du Bas-Chantenay. Quarante places assises, une mezzanine, une petite scène, une cour pavée. Le week-end, le bar se remplit tout seul. En semaine, c’est une autre histoire.
Solène a posé le problème sans détour : « Le vendredi, c’est plein. Le mardi, on est quatre au comptoir. Je veux que les gens sachent qu’il se passe un truc ici toute la semaine, et que les pots de départ arrêtent de m’appeler trois fois pour la capacité. » Jusqu’ici, tout passait par Instagram : des affiches publiées la veille, que seuls les habitués voyaient.
Ce qu’on a compris
Un bar se choisit le soir même, souvent sur un téléphone, en sortant du travail. La personne qui cherche « bar concert Nantes » veut savoir trois choses : ce qui se passe ce soir, jusqu’à quelle heure c’est ouvert, et si l’endroit lui ressemble. Si le site répond vite, elle vient. S’il affiche un concert de mars, elle va ailleurs.
Les soirs creux ne se remplissent pas avec une affiche isolée. Ils se remplissent avec une habitude : le quiz du mardi, les jeux du mercredi, la scène ouverte du jeudi. Il fallait que ces rendez-vous existent en ligne au même endroit, chaque semaine, pour que les gens finissent par les connaître.
Restait la loi Évin. Un bar vit de ses boissons, mais la publicité pour l’alcool en ligne doit rester factuelle, sans fenêtre qui s’impose, avec le message sanitaire. Solène et Karim ne voulaient de toute façon pas d’un site qui pousse à boire.
Nos choix
L’agenda sous le héros. Le héros, en plein cadre, montre la salle un soir de concert, public de dos. Une carte posée dessus annonce la soirée du jour, l’heure et la fermeture. Juste en dessous, l’agenda des deux semaines à venir. Chaque date disparaît le lendemain : le site n’affiche jamais une soirée passée.
Un tableau des rendez-vous fixes. Un planning de la semaine, du mardi au samedi, montre que chaque soir a son habitude. C’est ce bloc qui doit faire venir du monde le mardi.
Une carte qui s’en tient aux faits. Les boissons sont présentées en onglets, avec le degré, l’origine et le prix. Les sans-alcool ont leur onglet, aussi soigné que les autres. L’happy hour s’applique aux deux, comme la loi l’exige, et le message sanitaire figure sous la carte et dans le pied de page. Les photos montrent le comptoir, la scène et la cour, jamais un verre levé.
Le style d’un atelier. Habillage brut sur fond anthracite, Oswald condensée pour les titres, jaune des grues de Nantes pour les boutons. Le texte tutoie, parce que Solène tutoie ses clients au comptoir.
La privatisation cadrée. Trois formules, un minimum de consommations annoncé, les jours possibles et un formulaire qui demande la date, le nombre d’invités et ce qu’on imagine. La capacité est écrite partout où elle compte.
La réalisation
Le site compte cinq pages : l’accueil, l’agenda, la carte, la privatisation et les infos pratiques. Solène ajoute une soirée depuis son téléphone en deux minutes : une date, une heure, deux lignes. Elle apparaît dans l’agenda et sur la fiche Google, puis se retire seule. Karim met à jour la carte quand l’IPA du mois change.
Les groupes ont leur formulaire, avec les conditions techniques de la scène : les propositions arrivent avec des liens d’écoute. Après la mise en ligne, on regarde avec eux les recherches qui amènent du monde et les soirs qui se remplissent. Ils restent propriétaires de leur nom de domaine et de leurs accès.





