Les arnaques qui visent les artisans et les petites entreprises suivent presque toujours le même schéma : un document ou un appel qui imite un organisme officiel ou un partenaire habituel, une urgence, et un paiement ou une signature à la clé. Les plus courantes sont les faux annuaires professionnels, les courriers qui imitent l’INPI, les fausses factures de nom de domaine, les faux appels « de Google », les faux changements de RIB d’un fournisseur et les fausses mises en conformité. Le bon réflexe : ne rien signer ni payer dans l’urgence, vérifier auprès de l’organisme par ses coordonnées habituelles, et signaler. Et si vous avez signé, une protection existe pour les entreprises de cinq salariés au plus.
Voici comment reconnaître chacune, ce qu’il faut faire, et vers qui se tourner.
Six arnaques, et le signe qui doit alerter
Les faux annuaires professionnels
La DGCCRF le rappelle : les entreprises tout juste immatriculées, les artisans et les petites structures sont les premières cibles. Après un appel qui vante une « offre exceptionnelle », vous recevez un bon de commande ; ou bien un document qui ressemble à une facture ou à un courrier officiel (RCS, INPI, répertoire SIRET), à renvoyer signé. En réalité, c’est un contrat d’insertion payant, souvent sur plusieurs années, dont le coût peut atteindre plusieurs milliers d’euros. Suivent les relances insistantes, une « indemnité » en cas de refus, parfois la cession de la créance à un établissement financier.
Variante : l’inscription payante à un prétendu registre des marchés publics. L’accès aux marchés publics est libre et gratuit.
Les faux courriers de l’INPI
Après un dépôt de marque, des sociétés privées proposent de « publier », « enregistrer » ou « renouveler » votre marque contre des sommes importantes. Seule la publication faite par l’INPI a un effet juridique, et elle ne demande pas de paiement supplémentaire. L’INPI publie une liste de ces sociétés et, en août 2026, a signalé de faux courriers à son en-tête, avec un QR code et une menace de radiation sous sept jours : l’INPI ne demande jamais de paiement par QR code.
Les fausses factures de nom de domaine
Un « avis d’expiration » de votre nom de domaine arrive d’une société que vous ne connaissez pas. En le signant et en le payant, vous acceptez en réalité de transférer votre nom chez elle. Autre variante : un prétendu client voudrait déposer des noms proches du vôtre, sauf si vous les réservez vous-même, en urgence. L’Afnic conseille de ne traiter qu’avec votre bureau d’enregistrement habituel et de ne rien décider dans l’urgence. Si votre nom de domaine est déjà bloqué, voyez récupérer son nom de domaine.

Les faux appels « de Google »
Google peut vous appeler, par exemple par un appel automatisé pour vérifier les informations de votre fiche. Mais Google ne vous demandera jamais de payer ou de vous inscrire à un service par téléphone, et personne ne peut garantir la première position dans ses résultats. L’inscription dans les résultats naturels et la fiche d’établissement sont gratuites. Depuis 2026, Google peut aussi envoyer un message automatique, par appel, SMS ou WhatsApp, au numéro de votre fiche pour faire confirmer des informations comme vos horaires ; on peut désactiver ces messages. Aucun de ces contacts ne vous demandera de payer, ni de donner un mot de passe ou un code de validation. Si on vous promet la première place, qu’on menace de faire disparaître votre fiche ou qu’on vous demande un paiement : raccrochez, sans appuyer sur aucune touche, puis vérifiez vous-même dans votre compte Google. Pour gérer vous-même votre fiche, voyez apparaître sur Google Maps.
Le faux changement de RIB
Un fournisseur, un sous-traitant ou un bailleur vous annonce par e-mail de nouvelles coordonnées bancaires. Souvent, sa messagerie a été piratée et le message semble parfaitement authentique. Avant tout paiement sur un nouveau RIB, rappelez votre interlocuteur à son numéro habituel, jamais à celui indiqué dans le message.
Les fausses mises en conformité
Un courrier menaçant vous impose un diagnostic d’accessibilité, une mise en conformité RGPD ou une « inscription au RCS », contre paiement. Aucune société n’est mandatée par les pouvoirs publics pour vendre une mise en conformité RGPD, et l’immatriculation se fait par les canaux officiels, auprès du greffe. Certains courriers imitent même l’en-tête de la DGCCRF ou d’une préfecture. Même logique pour les faux supports techniques : aucun support officiel ne vous contactera de lui-même.
Vous avez signé : 14 jours pour vous rétracter, sous conditions
Le code de la consommation étend aux petits professionnels une partie de la protection des particuliers (article L221-3). Elle s’applique si trois conditions sont réunies :
- le contrat a été signé hors établissement : dans vos locaux, lors de la visite du vendeur, même si vous l’avez fait venir, ou chez lui juste après une sollicitation ailleurs ;
- son objet n’entre pas dans le champ de votre activité principale : un plombier qui achète une insertion publicitaire, par exemple ;
- votre entreprise compte cinq salariés au plus.
Dans ce cas, vous disposez de 14 jours pour vous rétracter, délai prolongé de 12 mois si le vendeur ne vous a pas informé de ce droit, et aucun paiement ne peut être exigé avant sept jours, sauf exceptions. Les ventes en ligne, les ventes par téléphone et les contrats signés sur les foires et salons ne sont pas concernés.

Un courrier ou un appel douteux ? Envoyez-le-moi avant de signer.
Les bons réflexes
- Ne signez rien et ne payez rien dans l’urgence : un vrai organisme laisse le temps de vérifier.
- Vérifiez auprès de l’organisme, par ses coordonnées officielles : votre greffe, l’INPI, votre bureau d’enregistrement, votre fournisseur.
- Gardez tout : courriers, e-mails, numéros d’appel, captures d’écran.
- Contestez par écrit, en lettre recommandée avec accusé de réception, si vous avez signé un faux annuaire.
- Prévenez votre banque immédiatement si vous avez payé, en cas de faux RIB par exemple.
- Portez plainte : l’escroquerie est punie jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 375 000 € d’amende.
Où signaler
- SignalConso (signal.conso.gouv.fr), pour un faux annuaire ou un démarchage abusif, avec la direction départementale de la protection des populations ;
- 17Cyber (17cyber.gouv.fr), porté par la police, la gendarmerie et Cybermalveillance, pour une arnaque en ligne ou un piratage ;
- THESEE, la plateforme de plainte en ligne pour les escroqueries sur internet, et Info Escroqueries au 0 805 805 817 ;
- le 33700, pour transférer un SMS frauduleux.
Questions fréquentes
J’ai signé un bon de parution dans un annuaire, que faire ?
Vérifiez si vous remplissez les trois conditions de l’article L221-3 : contrat signé hors établissement, sans rapport avec votre activité principale, cinq salariés au plus. Si oui, envoyez votre rétractation dans les 14 jours, en recommandé. Sinon, contestez par écrit et signalez sur SignalConso.
Google m’appelle au sujet de ma fiche, est-ce une arnaque ?
Pas forcément : Google peut appeler pour vérifier des informations. Mais si l’on vous demande de payer, de vous inscrire à un service ou si l’on vous garantit la première place, c’est une arnaque. Raccrochez.
Une société me facture le renouvellement de mon nom de domaine, dois-je payer ?
Pas avant d’avoir vérifié qui est votre bureau d’enregistrement actuel. Si la facture vient d’une autre société, ne signez rien : c’est souvent une demande de transfert déguisée.
Un courrier m’impose une mise en conformité RGPD payante, est-ce obligatoire ?
La conformité au RGPD est une obligation, mais aucune société n’est mandatée par l’État pour la vendre. Ne payez pas sous la menace et signalez le courrier.
Un courrier ou un appel douteux au sujet de votre site, de votre nom de domaine ou de votre fiche Google ? Envoyez-le-moi : je vous dis ce qu’il en est avant que vous signiez quoi que ce soit. Réponse sous 48 h ouvrées.





