Le brief
Maël Rouxel et Anaïs Tanguy ont repris en 2021 une boulangerie fermée depuis deux ans, au bas de la rue du Jerzual, à Dinan, à deux pas du port sur la Rance. Maël a été ouvrier boulanger à Saint-Malo ; il est au fournil de 22 h à 6 h avec un apprenti. Anaïs fait les gâteaux et tient la boutique. Levain naturel, farines de meuniers bretons, un pain spécial par jour, kouign-amann le samedi.
Leur demande : « Le soir, les promeneurs s’arrêtent devant la vitre du fournil et regardent Maël façonner. Je voudrais que le site leur montre la même chose : que le pain se fait ici, la nuit. Et qu’ils puissent réserver la veille, parce que le seigle du mardi part à 9 h. »
Ce qu’on a compris
Ce qui distingue ce fournil ne se dit pas avec un adjectif. Il se voit à l’heure : le four allumé à 22 h 10, la première fournée à 4 h 40, la boutique ouverte à 7 h. Le site devait montrer cette nuit de travail, puis devenir aussitôt utile : quel pain sort aujourd’hui, comment le réserver, ce qu’il contient.
Trois règles de la page métier trouvent leur place au bon endroit. L’appellation « boulanger » suppose de pétrir, faire fermenter, façonner et cuire sur place : la phrase est écrite sous la feuille de nuit. Les allergènes sont affichés sur chaque produit avant la validation, et repris dans un tableau. Les produits frais et les gâteaux personnalisés n’ouvrent pas de délai de rétractation : les conditions d’annulation sont écrites sous chaque bouton de commande.
Nos choix
La nuit en plein écran. Le fournil à 4 h du matin, éclairé par la seule gueule du four, occupe tout le premier écran. La barre de navigation est posée dessus, sans fond. En bas à gauche, une phrase géante en Rufina : « Le pain se fait la nuit. » En bas à droite, l’heure de la première sortie du four.
La feuille de nuit. Huit étapes, de l’allumage à l’ouverture, sur une frise que suit un repère de braise. Chaque mot du fournil y est expliqué en une phrase. Puis une seule phrase très grande, avec trois vignettes photo incrustées dans la ligne, résume la nuit.
Un pain par jour. Un semainier à filets, du lundi fermé au dimanche de la brioche tressée. La colonne du jour passe en braise, et chaque jour a son lien de réservation. Sur téléphone, le semainier défile et s’ouvre sur aujourd’hui.
Réserver la veille, commander un gâteau. La réservation bloque le lundi, propose des créneaux de 30 minutes, indique les produits presque épuisés ou complets et chiffre la commande dans un récapitulatif. Le formulaire des gâteaux grise les dates à moins de 48 heures et compte les signes de la plaque.
Le style. Noir de fournil, une seule couleur d’accent, et des sections claires en gris farine froid plutôt qu’en crème. Aucun arrondi, aucune carte, aucune italique. Les photos sont à fond perdu ou en bandes : la rue du Jerzual au crépuscule, le façonnage sur couche de lin, la vitre du fournil vue de la rue.
La réalisation
Le site tient sur une seule page. Le menu mène au fournil cette nuit, aux pains, à la réservation, aux gâteaux, aux allergènes et à l’accès. Sur téléphone, la phrase du héros passe sur trois lignes, la frise devient verticale et une barre fixe en bas d’écran propose d’appeler ou de réserver pour demain. Anaïs modifie elle-même les prix, les quantités du samedi et les dates des bûches, et la boulangerie reste propriétaire de son nom de domaine et de ses accès.





